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Domination féminine... sans moi.

· Identité,féminin,masculin,êtrehumain,spiritualité

La domination par les femmes

Je suis née fille alors que j'étais désiré.e garçon. La nouvelle fut manifestement indigeste, car durant les premières années de ma vie on me donna l’apparence d’un garçon. Les confusions fréquentes étaient perturbantes pour moi. Je me souviens du moment où j'ai obtenu qu'on laisse pousser mes cheveux… alors le monde m’a reconnue fille. Quelle joie!

Ce qui a été une vraie souffrance a aussi eu ses avantages, que je devais découvrir bien plus tard. C'est souvent comme cela la vie, dans les nuances.

Mes parents partageaient une évidence : être un garçon, c'était la bonne pioche et être une fille, c’était la poisse. Ce n’est qu’adulte que j’ai compris que ce n’était pas une spécialité familiale mais simplement le reflet de la culture dominante. Mille et une manière implicite ou explicite pour dire que naître fille c’était accepter d’obtenir moins de la vie ou de faire plus d'efforts pour obtenir autant que les garçons.

Comme s’il n’y avait pas de troisième voie.

J’ai choisi le camp des battantes : hors de question pour moi d’être une victime. L’idée étant de jouer sur les deux tableaux : vivre les trucs réputés géniaux pour les femmes et aussi les trucs réputés géniaux pour les hommes.

Ce qui était compliqué pour moi est que si je savais mes parents de bonne foi, je sentais aussi leur dissonance. En famille j’étais face à quelque chose de totalement opposé, tout aussi fréquent, bien que moins officiellement partagée dans notre culture, limite taboue : la domination par les femmes.

Dans ma famille que ce soit le couple de mes parents ou les couples de mes grands-parents il est clair que c'était les femmes qui « portaient la culotte ».

Derrière cette expression rigolote se cache une réalité qui ne l’est pas du tout. Toute petite j’avais déjà une forme d’extra-lucidité qui me rendait consciente que, à la maison, c’était ma mère qui détenait le pouvoir. Consciente qu'elle usait de son pouvoir de façon abusive, que ce soit vis-à-vis de mon père, de nous ses enfants… ou d’elle-même. Je crois que parfois elle s'en rendait compte, la plupart du temps, pas du tout. Si j’étais imprégnée de la culture de la domination des hommes dans le social, dans mon expérience de vie, la découverte de la domination, celle que je ressentais et dont je souffrais était la domination des femmes.

Sur ce sujet aussi mes parents reflétait simplement notre culture : notre culture qui vit au quotidien la femme dominante... et feint de penser que la femme ne peut être qu'abusée, et seulement par l'homme. Double erreur de lecture.

Devenir femme à ma façon

En synthèse mon projet de vie, en tant que femme, signifiait lutter :

  1. pour obtenir autant que les hommes, ne pas être abusée par eux
  2. contre une partie de moi, qui manifestement pouvait être maléfique, vu que j'étais la fille de ma mère, et la petite-fille de mes grand-mères. Sans compter que j'étais aussi la fille de mon père et la petite-fille de mes grand-pères!
La partie 2 de cette lutte me paraissait la plus difficile.

Je n'ai pas vécu ou si je l'ai vécu je n'ai pas été affectée par la domination des hommes. J'ai plutôt souffert du manque de capacité de certains hommes à poser des limites à certaines femmes. Cela surprend parfois lorsque je dis cela : ma vie professionnelle se déroule hors du sujet de la domination des hommes, et je la trouve bien plus belle que celle de beaucoup d'hommes! Quant à ma vie personnelle -que les liens soient familiaux, amicaux ou amoureux- elle se place dans une autre dynamique, plus vaste : elle est le terrain de jeu de mon développement personnel et spirituel, le témoin de ma quête d'harmonie de l'être.

Drôle de cadeau que mes parents m’avaient fait de m’avoir mise au monde dans ce contexte, qui plus est « par amour » comme ils le revendiquaient ! Pour cela et pour bien d'autres choses, j'ai souvent pensé qu'ils s'étaient moqué de moi. Je sais aujourd'hui que non. Simplement comme la plupart des gens, ils ne se rendaient pas compte.

Cela faisait beaucoup de bastons en perspectives… pour moi qui ne rêvait que d’amour inconditionnel !

Aujourd’hui, que certaines femmes ne soient pas dans la sphère sociale les « égales » des hommes, j’entends que cela soient un problème. Que certains pensent pouvoir s'exprimer au nom des autres en affirmant que toutes les femmes sont victimes de la domination des hommes, du simple fait d'être femme et que si elles disent le contraire c'est parce que les pauvrettes seraient incapables d'être conscientes d'elle-même. J'ai envie de dire "c'est celui qui le dit qui l'est" : qui est inconscient... et aussi dominant. Cela m'attriste car c'est avec ce genre de croyance de vérité universelle que certaines femmes restent coupées d'elle-même... et les hommes aussi.

Que par ailleurs, on passe sous silence ou pire, que de bonne foi, on ne voit pas que dans l’intimité des foyers et la sphère relationnelle plus amplement, la domination des femmes est fréquente. Que c’est aussi grave, car dans les foyers, il y a des enfants. Des enfants qui ont besoin d’être protégés des abus de pouvoirs, des enfants qui prennent des repères sur la vie, avec ce qu’ils voient, ce qu’ils ressentent chaque jour. Aussi grave car les relations humaines sont un pilier fondateur de toute société.

Je ne le comprends pas et je trouve cela très préoccupant.

Ce que je trouve aussi incompréhensible et nuisible est cette croyance que celui qui domine serait bénéficiaire de la relation dominant-dominé. Qu’il n’y ait pas de conscience que le problème n'est pas le rôle dans le lien, mais la nature du lien.

Que l'enjeu n'est pas d'être l'égal.e de l'autre mais d'être responsable de sa personne, en conscience et en comportement. Ce qui suppose de se relier intimement à soi.

Accompagnée de ces réflexions, j'ai suivi mon parcours de vie et c'est à l’aube de la quarantaine, après m’être cognée fort contre des murs infranchissables, avoir contourné et sauté des haies :

Ouf ! hip hip hip houra!

j’eu la conviction intime que le danger était écarté : j’étais une femme d’une nature différente de celles de ma lignée.

Je pu enfin m'engager vers un moi plus profond, intime et singulier, notamment en me perdant pour trouver mon chemin et résoudre un double problème :

  • la domination d’un être humain sur un autre être humain,
  • la confusion entre assimilation de l’énergie féminine aux femmes d’un côté et de l’énergie masculine aux hommes de l’autre.

Résoudre ce problème consiste (simplement !) à me développer moi, dans mon intériorité, et dans mes liens avec mes semblables, pour être avant tout humaine, en harmonie avec mes énergies féminines et masculines... et pleinement femme.

J’ai toujours eu ce sentiment d’être humaine avant tout, comme je suis citoyenne du monde avant d'être Française. Cette appartenance au vivant, ce vivant qui pour vibrer profondément, réellement, nécessite une quête permanente d'harmonisation, mouvante, émouvante et sacrée.

Pas-sage

La surprise passée, mes idées folles s’avèrent toujours les meilleures. Il y a encore peu pour moi, la nudité était érotique ou liée aux "agressions légales" d'un acte médical. Folle et apparemment pas sage cette idée de me mettre nue et à nu, pour explorer, par la photographie, ce pouvoir féminin que je possède, que je ne contrôle pas directement et que je souhaite vivre pleinement, sans nuire. Me mettre nue, sans maquillage, sans parfum, sans bijou, sans coiffure… me dépouiller pour aller à la rencontre de ma nature humaine, vivre un moment de nudité du corps non sexualisé, avec l’idée que la photographie en capte quelques fragments et m'offre une part de moi mal connue : un pas de plus vers les profondeurs de mon âme.

Faire la rencontre impossible à prédire, et si évidente et naturelle, d’un homme dans sa quête de capter l’intimité des étapes, de moments transformateurs d’un parcours de vie, par la photographie.

En faire une expérience, une forme de communion d’intention qui ouvre à une connexion de consciences que les mots sont impuissants à décrire, alors que le cœur sait la justesse de chaque instant. Le cœur sait que la quête est l’essence, que le chemin est tout, que la destination n’est qu'un décorum, aussi beau qu'il puisse être.

Sentir en moi, un pas de plus vers ma liberté intérieure, d’être humaine.

Une expérience qui sonne juste pour ma tête, mais surtout mon cœur et mon corps, sans que j’ai les mots pour l’exprimer… et ce n’est pas grave ! Car seul le corps exprime simplement la vérité. C’est dans cette forme de lâcher-prise, que se trouve l’évidence de l’harmonie des énergies féminine et masculine, simple et saine expression naturelle du vivant.

« Ton corps nu devrait seulement appartenir à ceux qui tombent amoureux de ton âme nue. » Charlie Chaplin

Pour vivre ce moment de grâce j'ai eu besoin d'un autre que moi, dans le jeu d’une connexion de cœur à cœur d'un homme qui accueille avec justesse la danse de mon corps libre, de ses mouvements intuitifs. C'est Cézar Albéric, témoin, accompagnateur attentif derrière son objectif pour accueillir et sentir, quand et comment appuyer sur le déclencheur… que je remercie du fond de mon... âme! C'est de là que vient ma re-co-naissance. D'au-delà de mon cœur.

Un moment de co-création avec l’invisible… dont les photographies inscrites dans la matière, aussi réussies soient-elles sont, à la fois un magnifique pâle reflet... et la vibration que cela est.

Ajout d'avril 2020 : une vidéo qui dit autrement et avec beaucoup de justesse l'enjeu dont je parle dans cet article.

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