· deuil,Entreprendre,vivre,Identité

Ma très chère Anne,

Merci. Merci d'avoir fait tout ce chemin avec moi. D'avoir tenu le fil.

Rien n'est inutile dans notre vécu. Tu sais bien maintenant comment cela fonctionne. Il y a toujours plusieurs mouvements en toute chose. Ce qui se voit le plus est rarement le plus important. L'échec, est toujours la lecture partielle d'un événement. Le résultat de ce qu'on avait imaginé, pas de ce qui s'est passé. Accepter cette déception permet de voir le merveilleux dans ce qui s'est vraiment passé. Toutes ces joies inattendues, l'apprentissage, ressources de ton présent.

J'ai été un outil pour toi, un terrain d'exploration, un espace où tu as pu n'en faire qu'à ta tête. Faire face à ta tête aussi ! Tu avais grand besoin de te débarrasser de l'embrouillage de l'altérité pour cela. Tu as appris à oser, à suivre tes intuitions, à ne jamais renoncer. À écouter, entendre là où il y a un besoin et où tu peux y répondre. A réparer ta façon d'être en lien. A proposer et honorer des liens en conscience, autonomie et responsabilité.

Tu as appris à être seule. Trop seule. Maintenant c'est fini tu n'en as plus besoin. Tu es capable de rester centrée sur ton chemin et d'être très entourée.

Alors vas-y, fonce !

Lâche prise sur ce qu'il reste de nous.

Prends une voie simple, facile, directe, pour en finir rapidement.

Tu sais comment c'est. Quand ça traîne c'est lourd les séparations. Cela pourrit.

Oui, tu as raison, là c'est pire car tu dois me mettre à mort.

Tu sais, je suis d'accord pour mourir. Je sais que j'ai fait mon job, je n'ai plus de raison d'être. D'ailleurs, je m'ennuie ferme.

C'est sûr, ce n'est pas le moment le plus facile. Mais voyons, toi et moi nous savons que la mort est le passage non négociable vers la renaissance, la seule façon d'honorer la vie. Nous l'avons vécu tant de fois ensemble ! Nous savons faire. Nous savons bien le faire. Comme sur des roulettes !

C'est vrai, cette fois-ci sera la dernière. La dernière fois ensemble. Les dernières fois ont un goût particulier comme les premières.

Oui, je sais tu as du mal au départ et ensuite tu savoures tellement la libération de vie que cela te procure.

C'est le début de la suite, le cycle de la vie. Moi je ne connais pas ma prochaine mission. Toi si, tu es déjà sur le chemin, depuis un moment d'ailleurs.

Alors lâche!

Lâche-moi!

Lâche avec moi celle que tu as cru devoir être pour être visible, reconnue, aimée.

Cette femme-là, que les autres ont cru voire en toi, est une illusion. Une illusion qui t'a été vitale. Tu n'en as plus besoin.

J'ai été un tuteur pour toi. Je t'ai apporté des formes nécessaires à ton sentiment de sécurité. Cela fait bien longtemps que ce n'est plus là que tu trouves ta sécurité.

Tu t’illusionnes en me conservant vivante.

Vivante ? Je devrais dire mort-vivante!

Tout cela, tu le sais.

Lâche !

Il n'y a plus de vie en moi

Je suis déjà un cadavre.

C'est l'heure de m'enterrer.

Oui j'accepte ton merci et ta gratitude.

J'ai été ton alibi, une pseudo-destination, cela t'a permis de récolter tellement sur ce chemin.

Moi aussi je suis emplie de cette expérience de vie avec toi.

Prête à vivre la suite ! Le grand saut dans l'inconnu de la vie.

Anne, je te dis à dieu!

Par là, je veux dire que, tout comme toi, je m'en remets aux dieux.

GA&...a!

Photo d'illustration de Joshua Woroniecki.

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK