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Ni dieu, ni maître, ni esclave

Lettre ouverte à Thich Nhât Hanh

· spiritualité,Vivre,Aimer,êtrehumain

Cher Thây,

Tu n’es pas mon maître. Je t’appelle ainsi par respect pour l’ordre de ta communauté.
L'idée qu’un autre être humain puisse connaître mieux que moi-même le fond ou la forme de l’apprentissage qui m’est nécessaire est incongru. Mon premier brown-out je l'ai connu à l'école primaire.
Je n'ai qu'un seul maître et j'en suis extrêmement privilégiée : il est talentueux et exigeant. Il répète de façon insatiable la leçon jusqu'à ce qu'elle soit non pas apprise, mais intégrée. Il n'abandonne jamais son élève et a une foi inébranlable en ses capacités d'évolution. Ce maître, c'est la vie elle-même.

Notre rencontre à point nommé

Cher Thây, tu n’es pas mon maître donc. Cela n’empêche pas ce courrier d’être une lettre de re-co-naissance de ta contribution à mon évolution. [le mot gratitude a perdu de son énergie dans nos contrées.]

Ton œuvre m’a aidé à réaliser que ma spiritualité était là depuis toujours et que c'est en quelque sorte son intensité qui expliquait, paradoxalement, mes difficultés à m'incarner dans cette vie-là.

Ton approche non-dualiste, non-dogmatique du vivant. L’inter-être qui résonne si fort avec mon besoin vital que je nomme communion. Dire le vivant : humain, animal, végétal et minéral. Je t'ai écouté, je t'ai lu. Ton livre, qui m'a le plus interpellé, est : « Il n'y a ni mort ni peur ».
 

Notre rencontre fut un choc pour moi. Un choc bien-heureux. Un soulagement immense ! Une clef de compréhension de moi-même et de l’étrangeté du monde. Une voie de réunification intérieure et extérieure.

Quand, dans ta communauté, j’ai découvert les 5 entraînements à la pleine conscience, cela a été une révélation. Enfin des mots cohérents avec mon expérience pour exprimer la vie. C’est lors d’un autre séjour que j’ai pris les 5 entraînements. J’ai reçu un nom de dharma très poétique…. Sa signification s’est révélé plusieurs années après d’une façon magique ! Il n’a pas fini de se manifester !

Je te remercie pour tout cela.

Je partage avec toi 3 de tes phrases qui continuent à m'inspirer :

"Il n'y a ni mort ni peur."

 

"La compréhension est l'autre nom de l'amour."

 

"Quand une personne vous fait souffrir, c'est parce qu'elle souffre profondément à l'intérieur d'elle-même, et sa souffrance déborde. Elle n'a pas besoin de punition, elle a besoin d'aide. C'est le message qu'elle vous envoie."

Tu es le leader le plus remarquable que je connaisse

Cher Thây, je rends hommage à ton leadership. À ma connaissance tu n’en parles pas. Pourtant, quelle inspiration ! Quelle exemplarité pour quiconque a un projet qui lui tient à cœur et veut le porter au monde. Surtout si ce projet suppose de changer de paradigme.
Sais-tu que tu fais concurrence à La La land ?!
Je ris, car je t’imagine lire cette phrase et en rire aussi. Ton humour est un de tes talents remarquables.
Ton œuvre manque aux partages sur l'entrepreneuriat où on idolâtre souvent des entreprises bien moins extraordinaires, car basé sur un monde inconscient de l'essence du vivant.

Arrivé, en exil d'une autre culture, tu as réussi à « ramener » la spiritualité dans notre monde occidental. Dans le quotidien : la vraie vie des vrais gens. Notre monde matérialiste sans le savoir, gouverné par la possession de l’autre, des autres espèces du vivant, de la nature. Notre monde qui a oublié la nature de l'argent et lui voue un culte inconscient, illusion de super pouvoir. Notre culture qui se compare à ses voisins et se dit "développé". Où nous confondons la fin et les moyens au détriment de l’être. Notre monde de la dualité présent même chez les pratiquants religieux. Sans parler de tous ceux dont j’ai fait si longtemps partie, qui se sont évadé de la religion pour cause de quête spirituelle… en pensant être agnostique ! J’ai très longtemps cru l’être. Cela s’appelle jeter le bébé avec l’eau du bain.

Notre quotidien occidental, de citadin pour la plupart est si différent du tien et de celui de ta communauté. Pourtant, tu l’as capté, intégré, restitué… pour nous accompagner de là où nous étions. La plupart des pros en conduite du changement sont beaucoup moins doués, le sais-tu ?
Ta poésie est si légère et profonde à la fois. Elle illustre la joie des formes de notre expérience humaine.
Cela m’agace un peu lorsque l’on attribue les effets thérapeutiques de la méditation de pleine conscience à Jon Kabat-Zinn et son fameux « protocole MBSR ». Pratique revendiquée médicale… et innovante ! Comme si cette extraction était la seule qui ait du sens… Elle est si tronquée et frôle le dogmatisme. Quelle pauvreté vue de ma fenêtre. Quelle ouverture aussi pour notre société actuelle, je le reconnais.
Peut-être qu’un jour les médecins recommanderont les livres de spiritualité comme alternatives aux médocs psy ? J'ai testé. Cela fonctionne mieux. Rapporte plus et coûte moins cher à la communauté.

As-tu comparé le niveau vibratoire du Village des Pruniers à celui d’une rue de Paris ? Je ne crois pas que tu fasses ce genre de chose, pourtant, tu connais cette différence. Moi je sais que dès que je passe le pas de ta porte, je suis accueillie par une énergie d'amour, je la sens et tout de suite elle m'élève.

Le corps physique, ses expressions par la sensorialité et l’énergie sexuelle, manquent à ta cartographie

Lorsque j’ai pris les 5 entraînements à la pleine conscience, je me souviens avoir hésité sur le troisième entraînement « Amour Véritable ». Cela fait partie de ton génie marketing : 0 menu, tout est à la carte.
« Je m’engage à ne pas avoir de relation sexuelle sans amour véritable ni engagement profond, durable et connu de mes proches. »

C’est la partie en italique qui m’a interpellé. Les personnes – la plupart dans notre culture - qui décident d'inscrire leur sexualité dans un engagement « profond, durable et connu » vivent bien des choses dans le cadre d'un contrat-type-amoureux-social. Bien des choses… notamment des conditionnements qui séparent sexualité et spiritualité.

L’amour véritable au sens où tu en parles, n’est pas lié au couple, à la famille, aux conventions sociales de l’amour. Tu l’expliques super bien et j’y souscris pleinement. Pourtant, cet entraînement semble inscrire la sexualité dans le « couple social »… le dogme n’est pas loin. Cela te ressemble si peu.
Lors d’une session de questions réponses, sur la sexualité et l’amour, j’en ai eu confirmation. Quelle tristesse ! Le prêtre de mon adolescence aurait eu le même discours, sur le fond. Déconnecté du vivant.
N’y a-t-il aucune vocation spirituelle dans la sexualité pour toi ?
Sur le souffle vital, là, tu es un maître. Sur le corps physique, la sensorialité et l’énergie sexuelle, là, il y a un espace qui m’est essentiel, un territoire qui ne semble ne pas figurer sur ta cartographie de la vie.
Le corps, là où nous prenons forme pour mener notre incarnation. Le corps semble neutre pour toi, un véhicule.
L’outil émerveillant qu’est notre corps pour nous connecter à nos guides, l’infini potentiel de la sensorialité, la sexualité comme pratique d’évolution spirituelle, et tant d’autres choses encore, tu n’en parles pas. Ce n’est qu’après toi, que j’ai trouvé la voie spirituelle incluant le corps et l’énergie de vie pour mettre des mots que ce que j’avais découvert dès ma sexualité adolescente.

Cher Thây, tu ne m'as pas nourrie sur ce sujet, et c'est aussi parce que tu étais sur mon chemin que j'ai pu y accéder. De cela, je te remercie.

Ta mort n’est pas et ne sera pas

Je me souviens m'être dit un jour alors que je séjournais chez toi et que tu n'y étais pas, que tu avais fini ton job parce qu'en fait dans ce lieu comme à travers tous les êtres qui ont été inspirés par ta personne, tu es là.

Cher Thây, ta manifestation m’a soutenue sur mon chemin, sans dieu, ni maître, ni esclave. C’est beaucoup plus puissant que d’avoir été mon maître.

Je remarque que je pense de moins en moins à toi depuis un certain temps. Ingratitude ? Je ne crois pas. Plutôt intégration ! J’ai infusé, maintenant, je diffuse. À travers mon regard, mes créations je fais partie de celles et ceux qui poursuivent ton œuvre. Je ne le revendique pas vraiment, c’est tellement mélangé à l’arc-en-ciel de ma façon d’être au monde.

Je ne sais pas combien nous sommes dans ce cas. Je crois que nous sommes très nombreux.
Tu as assuré grave. J’espère que cela te donne plein d’énergie pour le nouveau cycle que tu t’apprêtes à vivre.

Je suis avec toi, éternellement, dans l'inter-être, sur le chemin de la co-naissance.

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