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Violence ordinaire

Tout le monde aspire à la paix. Oui même celles et ceux qui veulent la guerre et la font.

Au jeu des « pourquoi » il y a toujours un énième pourquoi qui exprime leur désir de paix. Ils s'y prennent mal, diront beaucoup d'entre nous. En pensant que ce qui empêche la paix c'est le comportement de l'autre, que le comportement de l'autre justifie sa propre violence comme unique solution pour… être en paix. Est-ce si rare de mal s'y prendre ?

Dans les familles et dans la société, cette méprise est populaire, je la nomme la violence ordinaire. Celle que l'on ne voit pas tellement nous y sommes habitués depuis l'enfance, celle que l'on ne nomme pas, parce qu'elle est intégrée dans nos codes culturels, parce qu'elle est quotidienne, si familière.

On ne la nomme pas non plus car personne ne veut faire partie des « méchants » ! L'être humain a besoin de penser qu'il y a des bons et des gentils, que faire partie des gentils nous garantirait d'être digne d'amour. C'est pourtant la mission des contes de fées de nous apprendre au travers de personnages très manichéens à voir nos parts d'ombre et nos parts de lumière, à comprendre que tout co-existe en nous, que cela fait intrinsèquement partie de notre humanité.

La violence est d'abord en moi

La violence c'est un élément immergé d'un "moi-iceberg". Celle que l'on apprend tout petit dans une culture où l’enfant est éduqué pour répondre aux besoins de la société, plutôt qu’aux siens. Le désir de plaire, d’être conforme pour être accepté, aimé, commence notamment avec la scolarité, un tunnel normatif qui dévalorise ou écarte ceux qui sortent de cette norme et nous conduit implicitement au déni de la différence. Tellement difficile ensuite de se respecter! Si facile d'être, à l'opposé, valorisé pour cause d'inconnaissance de soi... donc de mépris de ces besoins les plus fondamentaux. Manquer de sommeil c'est être très occupés, donc être quelqu'un d'important. Manger trop sans même s'en rendre compte, et s'alcooliser c'est être un "bon vivant". Nous apprenons à ne pas écouter nos propres besoins, à ne pas les connaitre. Et puis, à nous énerver après un autre que soi parce que nous pensons qu’il aurait dû répondre à nos besoins, bien qu’ils soient non identifiés par nous-même. Ou encore à transformer ces besoins non satisfaits en un « droit à ».

La paix commence par identifier la violence en soi. Identifier et accepter que passent en soi des ressentiments, de la colère, des envies de tuer quelqu’un ou d’éliminer un sujet de la surface de la Terre, voire de tout l’Univers !

Il y a quelques années déjà, je me souviens avoir beaucoup résisté à incarner le personnage de Ruth dans la pièce Yaacobi et Leidenthal, de Hanoch Levin. Cette femme avait un comportement que je trouvais immonde, emplie de haine pour l’être humain et qui s’exprimait jusque dans l’intime. J’ai résisté tellement je voulais, en tant que femme, cultiver, exprimer le « bon » en moi, surtout sur scène. Puis j’ai accepté, accepté de faire vivre en moi cette violence intérieure, accepté de l’extérioriser, accepté dans l’espace du jeu d’un rôle, d’incarner cette violence devant des spectateurs. Mon meilleur souvenir aujourd’hui c’est d’avoir joué une colère de Ruth. Je, à travers "Elle" exprimait toute sa violence, son désir de pouvoir, de possession, de haine de l’humanité sur son conjoint. J’y ai pris un plaisir aussi intense qu’inattendu, à trouver, à sortir de moi cette part d’ombre... que j’aurai tant voulu ne pas posséder et qui était tellement vibrante.

La part de moi qui gagne est celle que je nourris

Avant de participer à une journée de prière, de méditation pour la paix dans le monde, je m’interroge : qu'y a-t-il au fond de moi ? qu'est-ce que je ressens vraiment ? puis-je accueillir la violence en moi ? la cueillir, l'identifier, la reconnaître et la laisser s'écouler dans le flux de la vie ? puis-je éviter de la cultiver en veillant à mes lectures, à mes conversations, à mes « distractions »? Avez-vous remarqué à quel point ce que nous nommons « divertissement » recèle de la violence physique et/ou psychologique, un monde de compétition soutenu par la croyance qu’il n’y en aura pas pour tout le monde ? Que cette croyance engendre les comportements qui en font une réalité ? Qu’il en est de même pour les partis pris éditoriaux de ce que nous nommons « informations » ? Au point que parler du bon, du beau est une ligne édito spécifique, et rare ?

"La paix commence par une respiration" Thich Nath Hanh

"La paix commence par un sourire." Mère Teresa

Je fais le vœux chaque jour, de balayer devant ma porte, en m’adressant un sourire intérieur, une respiration consciente, d’adresser ce sourire, cette respiration à chaque personne que je croise, qu’elle me soit inconnue ou que je l’aime très fort. D'user de cette même respiration et de ce même sourire envers moi, pour accepter les moments où je n'y parviens pas.

Que chaque jour je puisse accueillir, c’est-à-dire identifier et accepter la violence en moi, comme quelque chose qui passe, qui fait partie de mon expérience humaine et ne me définit pas. Quelque chose que je peux reconnaître, accueillir et déposer… Quelque chose qui, à chacune de ses manifestations me rappelle à quel point il m’est nécessaire de nourrir mes ressentis de sécurité, de quiétude, de plénitude, d’amour de "moi-m’aime", de ceux qui m’entourent… et de tout ce qui est.

« Pour instaurer la paix dans le monde, pour mettre fin à toutes les guerres, il faut une révolution dans l'individu, en vous et moi.

Une révolution économique sans cette révolution intérieure n'aurait pas de sens, car la faim est la conséquence d'une perturbation économique causée par nos états psychologiques, l'avidité, l'envie, la volonté de nuire, le sens possessif. (...)

Compter sur les autres est totalement futile ; les autres ne peuvent pas nous apporter la paix. (...) Ce qui nous apportera la paix ce sera une transformation intérieure qui nous conduira à une action extérieure. Cette transformation intérieure n'est pas un isolement, un recul devant l'action. Au contraire, il ne peut y avoir d'action effective que lorsque la pensée est claire, et il n'y a pas de pensée claire sans connaissance de soi.

 

Sans connaissance de soi, il n'y a pas de paix. »

 

Krishnamurti

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