Cette question se pose en moi depuis toujours, avec tristesse et difficulté à accepter la réalité : la guerre, quelle qu’en soit la forme fait intrinsèquement partie de l’humanité. Moi aussi j’aimerai croire que la guerre est un truc périmé, pré-carré de société ou de gens « moins civilisés ». Qu’il est possible d’espérer que tout le monde atteigne le « niveau », naturellement, avec un peu de soutien des plus « évolués », qui iraient jusqu’à apporter leur aide par la force… Oui, oui, pour rendre service.

Qu’il y ait des « bons » très bons et des « méchants » très méchants. Qu’évidemment les bons, incarnant le Bien, triomphent du Mal. Je n’ai cependant jamais été très à l’aise avec la notion du Bien et du Mal, parce que leurs définitions surfent toujours avec une équation impossible et surtout l’intolérance. Alors que l’acceptation de la différence est une notion profondément vitale pour moi. Même dans les contes pour enfants, les personnages, bons ou mauvais, incarnent tous la globalité de l’être humain, et sont censés aider l’enfant à comprendre la complexité de l’humanité (vague souvenir d’une lecture de Bruno Bettelheim)

Mon éducation catho nourrie du Bien et du Mal ne m’a jamais convaincue. Mais c’est à l’âge de 35 ans seulement, que j’ai eu « ma réponse » sur ce sujet. La conviction que l’humain est intrinsèquement bon.

Je l’ai compris, au cours d’un voyage, en solo, au Cambodge. 1 mois à vivre au jour le jour. A être une femme occidentale, manifestement seule, attendue nulle part, avec des dollars pleins les poches. Non seulement personne n’a cherché d’une quelconque façon à me nuire ou m’arnaquer, mais tout le monde m’a aidé, avec gentillesse, calme et sourire. Malgré la barrière linguistique, y compris dans des situations sans transaction financière. Le Cambodge, ce pays qui évoque aussi, à raison, les pires atrocités entre humains. C’est là-bas, que j’ai eu l’évidence de la bonté intrinsèque du genre humain. En plein milieu des souvenirs de guerre.

Vendredi 13 novembre 2015, j’étais à Barcelone, avec des amis. Dans une conversation privilégiée, de celles qui éclairent nos vies, que l’on s’offre particulièrement avec ceux qui vivent loin. Et puis des messages sont arrivés me demandant comment j’allais. Quelques secondes pour apprendre ce qui se passait, et dire à tous sur mon statut Facebook, que moi, l’habitante du 11ème, j’étais en lieu sûre loin de chez moi. Magie de rassurer presque tout le monde en 1 seconde.

Je suis française, parisienne, habitante du 11ème. Mais face à tout cela, c’est mon humanité qui s’interroge. Ma capacité à accepter l’existence de la guerre, la nécessité de l’acceptation de cette chose que je ne peux changer. Parce que cette acceptation, qui n’est pas la résignation, est l’étape clef, qui ouvre des perspectives.

Cette première étape m’est encore difficile. J’essaie quand même d’avancer sur celle d’après. Ce que je peux en faire, qui aurait du sens pour moi, pour mon humanité. Et aujourd’hui pour moi la seule réponse et de tenter de comprendre et de compatir. Compréhension et compassion si naturelle pour les victimes de « mon camps », les morts, les blessés, les témoins, ceux qui étaient là « par hasard ». Egalement pour leurs familles et leurs amis. Naturel tant cela aurait pu être mes proches… ou moi-même. Encore assez facile de ressentir de la compassion pour ceux pour qui dire « allah akbar » est quelquechose de noble, de beau, d’infiniment respectable et qui auraient souhaité que cela le reste. Ceux qui vont ressentir le rejet, les amalgames, parce que des court-d’esprits, des « radicaux » il y en a dans tous les camps.

La seule vision, qui me parle et qui permet une lecture crédible de l’humanité sans bon ni méchant et celle des bouddhistes, qui appréhendent le monde en terme de souffrance et de cessation de la souffrance. Point. Je me sens vraiment bien avec cette lecture, elle résonne en moi. La « solution proposée », de développement de la compassion me confronte cependant à mes limites (L’amour qui guérit de Sharon Salzberg). 

Comment comprendre et compatir pour ceux qui ont organisés et exécutés ces attentats ? Ceux qui ont beaucoup investi pour « décider de se tuer en faisant mourir le maximum de personne dans le même mouvement » ? Guillemets et point d’interrogation disent mon incertitude, sur une situation certaine plus complexe à l’échelle individuelle… Et aussi une impression : quel regard « noir, sans appel, sans espoir, faut-il porter sur la vie, et sur soi-même pour en arriver là » ? Toujours les guillemets de mes incertitudes.

Ce soir, de retour à Paris, chez moi, je prends le temps de la reconnaissance, que le hasard m’ait donné rendez-vous loin du champ de bataille. Le désir de tenter, une nouvelle fois, d’accepter l’existence de la guerre dans l’humanité. L’espoir que Freud et/ou Einstein (c’est quand même pas n’importe qui…) puissent m’y aider.

Et enfin, recevoir la proximité de la mort, comme une stimulation à vivre, à accepter que la souffrance soit une partie de la vie, et qu’il y ait un chemin vers le bien-être. A croire que je puisse développer la paix en moi-même, des pensées et des actions pour que, indépendamment des actes de guerre, j’apporte à ma petite échelle une contribution à l’humanité : pour que la souffrance diminue et que le bien être augmente.

Vraiment ce soir, la française et la parisienne, résidente du 11ème que je suis, a beaucoup plus soif d’humanité que de patriotisme

[janvier 2017] J'ai trouvé une forme de réponse à Pourquoi la guerre? dans une merveilleuse lecture : Nouvelle Terre, l’avènement de la conscience humaine, de Eckhart Tolle. Une lecture éclairante et enthousiasmante pour nourrir mon sentiment d'appartenance à l'humanité. Avant tout.

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